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La sortie du nucléaire entraîne une hausse des émissions de CO2

En décidant de sortir du nucléaire, l'Allemagne va devoir réorienter sa politique énergétique. Un choix qui pourrait conduire à l'émission de jusqu'à 480 millions de tonnes de dioxyde de carbone supplémentaires d'ici 2020.

Lundi 30 mai, l'Allemagne a décidé d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire. Sept réacteurs, mis à l’arrêt en mars pour un audit, ne seront pas reconnectés. Les dix autres fermeront d’ici 2022. Pour subvenir à ses besoins énergétiques, la quatrième puissance économique mondiale devra compenser avec d'autres sources énergétiques. Nicolas Berghmans, chargé de recherche à CDC climat, filiale de la Caisse des dépôts créée pour lutter contre le changement climatique, analyse les conséquences de ce changement de politique en terme d'émissions de carbone.

Sept réacteurs nucléaires ont déjà été déconnectés du réseau électrique. Quelles sont les solutions immédiates de remplacement pour l'Allemagne ?

N.B. Les centrales thermiques à combustion sont les seules à pouvoir prendre le relais immédiatement. La mise en oeuvre de nouveaux moyens de production prend du temps. L’Allemagne doit donc faire avec les systèmes existants. Actuellement, l’électricité du pays provient pour 61 % des centrales thermiques à combustion (gaz et charbon), pour 23 % du nucléaire et pour 16 % des énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire, etc.). La part de ces dernières ne peut guère augmenter du fait des contraintes naturelles (les réservoirs d’eau ne peuvent se remplir plus qu’ils ne le sont, les vents ne souffleront pas davantage...). C'est donc vers les centrales thermiques que va se tourner l'Allemagne. Or, ce sont elles qui émettent le plus de dioxyde de carbone.

À combien s’élèvera le surplus de CO2 émis ?

N.B. Selon les calculs préliminaires que nous venons de réaliser, environ 40 millions de tonnes de CO2 supplémentaires seront émises en 2012 par le secteur électrique allemand. Nous avons supposé que le déficit d'énergie produite par les sept réacteurs fermés sera compensé par les centrales thermiques à combustion existantes, et qu’aucune importation ne se fera depuis les pays voisins. Ces émissions s’ajouteront aux quelque 300 millions de tonnes de CO2 rejetées chaque année par le secteur électrique allemand. Un chiffre qui est déjà, du fait de la prédominance des centrales thermiques à combustion, parmi les plus élevés d’Europe : environ 500 grammes de CO2 sont émis par kilowattheure produit (kWh) en Allemagne, contre 359 g/kWh sur l’ensemble des pays européens et moins de 100 g/kWh en France.

Qu’en sera-t-il à plus long terme ?

N.B. Tout dépendra des choix énergétiques que fera l’Allemagne dans les mois qui viennent. Plusieurs scénarios sont possibles, plus ou moins polluants. Mais plus le pays tardera à prendre une décision quant au remplacement de son parc de production nucléaire, plus sa facture carbone risque d’être lourde. Car ce sera autant de temps où les centrales à charbon et à gaz continueront de fonctionner à plein régime.

Au final, avec la fermeture des dix autres réacteurs, quelle quantité de CO2 supplémentaire sera émise par le secteur électrique allemand ?

N.B. En prenant en compte l'arrêt échelonné de tous les réacteurs, on estime qu'il pourrait émettre entre 320 et 480 millions de tonnes de CO2 supplémentaires d’ici 2020, en fonction de la part respective des nouvelles centrales à charbon et à gaz (moins émettrices de CO2) et des énergies renouvelables. D’où l’importance, dans l’hypothèse d’une sortie du nucléaire, de repenser dès à présent les politiques énergétiques, et pas seulement en Allemagne.

Propos recueillis par Fabienne Lemarchand et Fabien Goube pour la Revue La Recherche

La Recherche

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  • Marsupi

    20/10/2011

    Les énergies renouvelables progressent beaucoup plus vite que vous ne le croyez en Allemagne, pour la production d'électricité par exemple. La part des renouvelables y sera d'au moins 35% en 2020 et 47% est possible en 2020, mais il faudrait un autre gouvernement.

    16%+23%= 39% l'électricité d'origine renouvelable peut donc remplacer l'électricité nucléaire en 2020, sans charbon ni gaz.

    Et pour le CO2 versus nucléaire, relativisons :
    http://futura24.voila.net/electri/nucle_co2.htm

    " Remplacer tous les réacteurs nucléaires actuels par des centrales électriques au gaz, dans les mêmes limites d'utilisation de la cogénération, augmenterait seulement de 1.086 Mt les émissions de CO2.

    Cela représente 3,0% de tout le CO2 émis et 2,3% de l'ensemble des gaz à effet de serre anthropiques, soit sept fois moins que la déforestation. "

    C'est au niveau mondial !

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