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Edito : La maison du futur sera communicante, réactive et autonome

Il y a encore quelques années, le concept de maison du futur se résumait essentiellement à la « domotique », c’est-à-dire à des outils et systèmes informatiques censés faciliter la gestion domestique mais en réalité peu fiables, souvent peu évolutifs et surtout complexes à utiliser pour le grand public.

Tandis que le marché des smartphones stagne et que celui des tablettes se maintient à peine, la Consumer Technology Association (CTA) prévoit une très forte progression du marché de la domotique en 2017, de l’ordre de 60 % par an, au cours des 5 prochaines années. Fait révélateur, le secteur de la maison intelligente a tenu la vedette à l’occasion du dernier Consumer Electronic Show de Las Vegas (CES 2017), avec une surface consacrée au smart home sur le salon en hausse de 33 % par rapport à 2016.

Il est vrai que les Etats-Unis sont en avance dans ce domaine, puisque 6 % des foyers américains sont déjà gérés de manière intelligente, contre 4 % en Europe. D’ici 2020, le cabinet d’études suédois Berg Insight estime que 28 % des logements américains seront « smart », contre seulement 13 % pour les habitations européennes. Quant au marché mondial de la « Smart Home », il est promis à un avenir florissant et devrait passer, en chiffre d'affaires annuel, selon le cabinet Transparency Market Research, de 5 milliards de dollars en 2015 à 21 milliards en 2020, pour dépasser les 100 milliards de dollars en 2030.

Reste que la plupart des systèmes domotiques actuels sont passifs : ils sont certes composés d’objets et de modules connectés mais c’est à l’utilisateur de les déclencher et de s'assurer de leur bon état de fonctionnement... Comme le souligne Lionel Paillet, Directeur en Europe de la plate-forme d’objets connectés Nest, "connecté ne signifie pas intelligent. L'objectif est bien que les appareils et différents objets présents dans votre maison agissent d'eux-mêmes, sans avoir besoin que quelqu'un appuie sur un bouton. Le consommateur n'est pas un ingénieur ou un geek, il ne veut pas d'une télécommande universelle compliquée à utiliser".

Pour en arriver à ce scenario de maison « réactive », les systèmes de gestion domestique intelligente de prochaine génération vont intégrer une multitude de capteurs qui pourront détecter de manière très fiable toute présence humaine et activer automatiquement les objets et systèmes du foyer, qui auront par ailleurs la capacité de « dialoguer » entre eux et d’échanger des informations.

Exemple de ces nouveaux objets connectés : June Intelligent Oven, le nouveau four intelligent de l’entreprise June. Avec ce four, plus besoin d’avoir des notions de cuisine. Vous achetez un poulet vous le placez dans le four et ce dernier vous indique tout seul, en fonction de son poids, combien temps le cuire et vous propose même plusieurs recettes possibles. Bien entendu, quand le poulet est cuit, ce four vous envoie un sms pour vous prévenir. 

Et si après avoir dégusté cette volaille, vous souhaitez vous détendre avec quelques amis, vous pourrez compter sur Prizm. Cette pyramide sonore, de conception française, a fait le buzz au dernier CES de Las Vegas. Elle détecte le nombre de personnes présentes, reconnaît leurs goûts musicaux et s’adapte au contexte pour proposer un programme musical adapté à l’ambiance. Prizm fonctionne de manière autonome mais peut également être piloté à partir d’un smartphone.

Autre star du CES 2017, Amazon Alexa qui s’est imposé comme la nouvelle référence en matière d’assistant vocal et hub domotique. Ce système permet d’interconnecter les différents appareils du foyer et de les contrôler à distance. Il devrait prochainement être intégré directement dans les smartphones. 

Conscient de l’importance stratégique de ce marché, Google compte bien également en devenir un acteur essentiel. En mai 2016, le géant numérique a présenté « Google Home », conçu pour devenir un véritable assistant vocal pour votre maison. Grâce à une exploitation massive des ressources d’intelligence artificielle, Google Home, qui se présente sous forme d’une enceinte audio connectée, intégrant un haut-parleur et plusieurs micros, pourra répondre très rapidement à des demandes et questions complexes et permettra de commander à la voix et très simplement tous les appareils et systèmes domotiques de la maison.

Fin 2016, Microsoft a également présenté sa solution de maison intelligente, baptisée « Home Hub ». Plutôt que confiner son HomeHub à un appareil spécifique, il sera disponible au sein de chaque PC sous Windows 10. HomeHub espère évidemment devenir la passerelle de référence vers la gestion domestique familiale. Point fort du système, on pourra y accéder depuis l'écran d'accueil de l'ordinateur, sans être connecté à un compte spécifique.

Soulignons également qu’Apple a présenté il y a peu une nouvelle version beaucoup plus étendue de sa solution domotique « Home Kit » qui permet de prendre en charge et de contrôler à distance une multitude d’objets et systèmes hétérogènes et de les piloter depuis son I Phone.

La France n’échappe pas à cette effervescence générale en matière d’habitat intelligent. EDF a ainsi présenté, en octobre dernier, sa plate-forme de contrôle domotique Sowee. Ce système se présente sous la forme d’une grande télécommande, offrant un écran tactile et se connecte au réseau Wi-Fi de la maison d'une part, mais aussi aux compteurs gaz et électricité grâce à des capteurs. Sowee est compatible avec le nouveau compteur EDF connecté Linky, ainsi qu'avec les fournisseurs d'énergie alternatifs. 

Actuellement expérimentée auprès de 200 foyers, Sowee se veut résolument multifonctions et vise à améliorer le confort global de l’habitat. Cette plate-forme permettra notamment de piloter sa consommation de chauffage selon son budget et de programmer la température intérieure des différentes pièces en fonction de la présence des occupants de la maison. Mais Sowee va plus loin et, à l’aide de ses capteurs pour déterminer le taux de CO² et d'humidité, elle pourra informer en temps réel sur la qualité de l’air intérieur qui constitue une préoccupation croissante pour beaucoup de ménages.

Leroy Merlin, enseigne de bricolage préférée des Français, se lance également dans la maison intelligente et devrait lancer, d’ici la fin de l’année, sa box dédiée à la maison connectée. Celle-ci pourra assurer le pilotage à distance des objets connectés sans avoir à passer par les applications et sera conçue pour continuer à fonctionner en cas de coupure de connexion Internet et même de coupure de courant.

Mais la smart home ne se limite pas à la gestion des appareils électroménagers et systèmes audiovidéos et informatiques, elle bouleverse également deux autres domaines essentiels, celui de la sécurité et du contrôle d’accès et celui de la gestion énergétique de l’habitat. Depuis près d’un siècle et demi (invention de la serrure cylindrique équipée d'une clef plate crantée en 1861), il n’y a pas eu de révolution technologique majeure en matière de contrôle d’accès aux habitations privées. L’immense majorité des gens ont besoin, pour pouvoir entrer chez eux, d’avoir sur eux la clé de leur domicile et il faut autant de clés que de résidents d’un logement.

Mais l’internet des objets, combiné à l’intelligence artificielle et aux réseaux haut débit, va permettre, d’ici quelques années, la généralisation des serrures intelligentes. L’idée est de pouvoir contrôler à distance, en toute sécurité, la fermeture ou l’ouverture de la serrure de son domicile. En pointe dans ce domaine, la plate-forme August Access s’apprête à commercialiser plusieurs produits permettant un véritable contrôle d’accès à distance et à la carte du domicile.

L’un de ces modules s’utilise sur iPhone via Siri, et se contrôle donc par la voix : c’est un verrou intelligent qui peut être actionné à distance. Un autre module, complémentaires du premier, se présente sous la forme d’un digicode amélioré, qui permet de générer un nouveau code automatiquement pour chaque utilisation. Enfin, le troisième module est un interphone sophistiqué, équipé d’une caméra qui permet de voir qui sonne à votre porte et de la déverrouiller de n’importe où. Bien entendu, ces systèmes, très simples d’utilisation, ont fait l’objet de protections informatiques très élaborées pour rendre très difficile toute tentative de piratage.

En France, Somfy propose également un système de clés intelligentes qui permet de rentrer et sortir de chez soi en utilisant simplement son mobile ou un badge RFID. La serrure se contrôle à distance grâce à l’application « Ma serrure connectée », disponible sur iOS ou Android. Un lecteur de Badge permet également de déverrouiller la porte. Il est même possible, si vous n’avez pas votre portable avec vous, de déverrouiller à distance votre serrure depuis un autre téléphone portable, via un appel sur un serveur vocal sécurisé.   

Mais un autre secteur devrait également être profondément impacté par l’avènement de la maison intelligente, celui de l’énergie. Les expérimentations menées dans le cadre du programme Comepos, associant l'Ademe et le CEA, ont montré qu’une habitation à énergie positive, parfaitement isolée, et qui produit son électricité grâce à des panneaux photovoltaïques, ne consomme pas plus de 19 kWep/m2/an, c’est-à-dire trois fois moins que le seuil énergétique fixé par la RT2012. Mais si ces habitations atteignent de telles performances énergétiques, ce n’est pas seulement à cause de leur excellente isolation, c’est également parce que ces maison ont recours à une gestion informatique intelligente qui permet par exemple, grâce à des capteurs d’ensoleillement, d’activer automatiquement les volets roulants dès que la luminosité et la chaleur extérieures dépassent un certain seuil.

En France, logements et bureaux consomment environ 69 millions de tonnes équivalent pétrole, soit 44 % de la consommation finale d’énergie en France. Sachant qu’il serait possible de réduire d’au moins 25 % la consommation énergétique résidentielle grâce à une généralisation de la gestion intelligente de l’énergie des habitations, c’est donc 17 millions de tonnes équivalent pétrole par an qui pourraient être économisées, soit plus de 10 % de la consommation totale d’énergie finale de la France… En matière de gestion de l’eau, la généralisation de la domotique intelligente et connectée aurait également un impact considérable et pourrait permettre, à confort égal, de réduire de plus d’un milliard de m3 par an, la consommation domestique d’eau en France

Mais pour rendre la maison véritablement intelligente, réactive et autonome, les systèmes domotiques intégrés, même interactifs et intuitifs d’utilisation, ne suffiront pas et un autre acteur essentiel va venir très vite s’imposer : le robot domestique connecté. Présent sur le marché depuis 2016, le mini-robot Riley, bon marché, fiable et très mobile, grâce à ses chenilles, peut, en complément de la gestion domotique du foyer, surveiller votre habitation et vous prévenir en cas de problèmes, qu’il s’agisse d’une intrusion, d’une fuite d’eau ou encore de vérifier si le dossier que vous avez oublié est bien resté sur la table du salon.

Beaucoup plus sophistiqué, mais nettement plus onéreux, Lynx, le robot de l’entreprise chinoise Ubtech Robotics, se veut, par sa polyvalence, un maître majordome de la maison. Doté de la reconnaissance faciale et vocale, Lynx peut gérer votre agenda et vous rappeler les choses importantes à faire ; il peut également écrire ou lire vos mails, sans avoir besoin d’ouvrir votre ordinateur, vous rappeler que vous devez prendre votre médicament et donner l’alerte si vous restez immobile sur le sol ou si vous l’appelez à l’aide…

Mais pourquoi vouloir ajouter des robots domestiques à ces systèmes domotiques déjà très performants et interactifs ? Pour une raison simple mais tout à fait essentielle dans notre société vieillissante : le maintien à domicile dans les meilleurs conditions des personnes âgées. En utilisant de manière conjointe et complémentaire domotique et robotique domestique, il devient en effet possible, par l’intégration des services de télémédecine et de télésanté, de maintenir la très grande majorité des seniors à domicile, même quand ceux-ci ont malheureusement perdu une grande partie de leur autonomie ou sont atteints de pathologies lourdes et chroniques.

Le maintien et l’hospitalisation à domicile (HAD) des personnes âgées exprime non seulement une demande très forte des seniors et de leurs familles mais représente également un enjeu médical et économique majeur sur le plan national. Comme le souligne la Cour des Comptes dans l’un de ses derniers rapports, avec 3 700 000 journées d’hospitalisation correspondant à la prise en charge de près de 98 000 patients et 145 000 séjours, l’HAD ne représente encore que 0,6 % de l’ensemble des hospitalisations à temps complet et reste à un niveau très faible et sensiblement inférieur à celui de nos principaux voisins européens.

Or, selon le bulletin d’information de l’économie de la santé de février 2017, le coût d’une journée pour les financeurs publics est, en moyenne, de 263 € en service de soin et de réadaptation (SSR) contre 169 € en HAD (Voir IRDES) et ce coût moyen journalier en SSR demeure supérieur, quels que soient l’âge, le niveau de dépendance et le profil médical du patient. Cette revue souligne qu’en créant 10 000 places d’HAD, il serait possible de réaliser à terme une économie de près de 350 millions d’€ par an pour les financeurs publics.

La généralisation de la domotique intelligente intégrant la robotique domestique constitue, dans cette optique du maintien à domicile, un objectif humain, économique, social et médical tout à fait majeur et doit devenir une priorité politique dans notre pays, si nous voulons que demain les personnes âgées dépendantes, dont le nombre va sans doute doubler d’ici 2040, puissent continuer à vivre chez elles dans les meilleures conditions, à un coût global supportable pour la collectivité.

Il est frappant de constater, alors que ces 20 dernières années ont été marquées par une révolution numérique sans précédent avec la généralisation de l’Internet, du mobile et des réseaux optiques et sans fil à très haut débit, que nos habitations sont restées largement à l’écart de cette mutation numérique majeure. Si nous voulons pouvoir relever les défis redoutables que constituent le vieillissement et la dépendance, mais également favoriser de nouvelles formes d’activités, comme le télétravail ou la téléformation, il est grand temps de tout mettre en œuvre pour que la domotique intelligente sorte enfin des laboratoires et puisse bénéficier à tous nos concitoyens, à commencer par les plus fragiles d’entre eux.

René TRÉGOUËT

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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