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Edito : L’hydrogène : Jules Verne avait raison

Tous les amateurs de science-fiction se souviennent que Jules Verne, dans ses merveilleux romans, avait imaginé, il y a maintenant plus de 140 ans, que l’hydrogène deviendrait un jour la principale source d’énergie utilisée par l’homme.

Aujourd’hui, la consommation mondiale d’hydrogène est proche des 60 millions de tonnes par an mais elle ne représente encore que 2 % du bilan énergétique mondial. En outre, la production de cet hydrogène est réalisée à 95 % à partir de combustibles fossiles et entraîne donc d’importantes émissions de gaz à effet de serre.

L’hydrogène est très énergétique : à quantité égale il peut produire presque quatre fois plus d’énergie que le gaz naturel ou le pétrole. Un kg d’hydrogène représente 39 kWh d’énergie et deux kilos d’hydrogène par jour suffiraient à satisfaire les besoins énergétiques en électricité d’une famille moyenne.

Mais l’hydrogène est un élément paradoxal : cette substance qui est la plus abondante dans l’univers, est très difficile à trouver à l’état pur sur notre planète car elle est presque toujours combinée à d’autres éléments chimiques, soit pour constituer de l’eau (H2O), soit pour former différents gaz associant carbone et hydrogène, comme le méthane ou le gaz naturel.

Pour pouvoir utiliser l’hydrogène, il faut donc l’extraire à grands frais énergétiques en utilisant différentes techniques, comme l’électrolyse, le reformage, le vaporeformage ou la gazéification. Le problème est que toutes ces méthodes sont gourmandes en énergie et émettent des quantités importantes de CO2.

Les scientifiques et industriels du monde entier explorent donc d’autres voies qui permettraient une production industrielle et massive d’hydrogène à un coût économique compétitif et sans émissions de CO2.

Il faut également souligner que, contrairement aux idées reçues, l’utilisation de l’hydrogène ne se cantonne plus aux transports mais s’étend également au domaine résidentiel ainsi qu’à la production industrielle d’électricité, via le stockage d’énergie.

Au Japon par exemple, Toyota propose à présent des piles à combustible résidentielles qui coûtent moins de 25 000 €, qui sont garanties 10 ans et peuvent fonctionner au moins 80 000 heures. En 2013, Panasonic, Toshiba et Hitachi devraient vendre 30 000 piles à combustible résidentielles, c’est-à-dire cinq fois plus qu’il y a cinq ans.

Le stockage de l’hydrogène qui nécessite, en raison de sa très faible densité, une très forte pression et des réservoirs très épais, est également en train d’être révolutionné par l’apparition de nouvelles technologies, comme le stockage solide dans des nanomatériaux, sous forme d’hydrates de magnésium, solution développée notamment par la société drômoise McPhy.

Fin 2012, aidée pour cette opération par l’Europe, dans le cadre du septième Programme pour la recherche et l'innovation, la société McPhy, entourée d’un vaste consortium européen (Italien, Espagnol et Belge), a présenté INGRID, un démonstrateur de stockage d’hydrogène à l’état solide qui peut contenir une tonne d’hydrogène, soit une capacité de stockage de 39 mégawattheures (MWh) qui correspond environ à une heure de production d’énergie par une centrale solaire ou éolienne.

On voit tout l’intérêt d’un tel système dans le cadre du « lissage » de la production électrique éolienne ou solaire. Les Allemands sont également très actifs dans ce domaine des centrales à piles à combustible de taille industrielle.

L'entreprise allemande FuelCell Energy Solutions (FCES) de Dresde et l'Institut Fraunhofer ont ainsi développé des centrales à piles à combustible basées sur la technologie MCFC (Molten Carbonate Fuel Cell, pile à combustible à carbonate fondu) d'une capacité de plusieurs mégawatts. Actuellement, plus de 80 d'entre elles sont en service et produisent chaque jour 1,2 TWh d'électricité.

L’Allemagne travaille également activement sur la production propre d'hydrogène à partir de méthane.

Dans le cadre d’un projet supervisé par Carlo Rubbia, prix Nobel de physique en 1984, les Allemands ont mis au point un procédé qui permet de produire, dans un réacteur à métal liquide, de l’hydrogène et du carbone par décomposition thermique à haute température à partir du méthane. Ce procédé très innovant pourrait déboucher sur la possibilité de produire industriellement de l’hydrogène sans émissions de CO2 à partir des énergies fossiles.

En Espagne, un nouveau projet européen dédié à la production d'hydrogène par photosynthèse est également très intéressant. Ce projet vise, en utilisant des matériaux photocatalytiques de taille nanométrique, à extraire l’hydrogène de l’eau, grâce à l’énergie solaire, et ce, à un rendement 25 fois supérieur aux meilleures techniques actuelles.

Dans ces nombreuses voies de recherche, la production d’hydrogène à partir de la biomasse n’est pas oubliée. L’Allemagne travaille également activement dans cette direction et des chercheurs de l'Université Friedrich-Alexander (FAU) ont mis au point un procédé permettant de produire de l'hydrogène à partir de biomasse humide.

Baptisée « Reformatage en phase aqueuse », cette technique prometteuse permet, en consommant beaucoup moins d’énergie, une production d'hydrogène très pur directement à partir de biomasse humide.

Une autre équipe internationale, associant notamment des chercheurs chinois, singapouriens, et français du CNRS et du CEA, tente de développer un "photocarburant". Le but de ces recherches est de transformer l’énergie solaire en énergie chimique et notamment en hydrogène.

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs travaillent sur de nouveaux types de catalyseurs et notamment sur un composé cristallin bien moins coûteux que le platine, associant le disulfure de molybdène et le cuivre. Ce composé semble très prometteur pour la production massive d’hydrogène à partir de l’énergie solaire.

En Suède, des chercheurs du département de chimie de l'Ecole royale polytechnique de Stockholm ont mis au point un catalyseur moléculaire, à base de ruthénium, qui permet de transformer l'eau en oxygène et hydrogène à une vitesse comparable à celle de systèmes photosynthétiques naturels. Selon le Professeur Licheng Sun, spécialiste mondial de la synthèse d’hydrogène, le rendement énergétique de ce nouveau catalyseur pourrait permettre la production massive d’hydrogène à partir de l’énergie solaire à un coût très compétitif, dans le cadre de grandes centrales installées en milieux désertiques.

Outre Atlantique, des chercheurs de l'Université de Rochester à New York ont conçu de minuscules particules de cadmium et de sélénium qui peuvent éjecter des électrons sous l'effet de la lumière. Ils ont également utilisé un catalyseur constitué de nanoparticules de nickel et ont eu la surprise de constater une production importante et continue d'hydrogène gazeux.

Ce procédé simple, efficace et peu coûteux pourrait ouvrir également la voie à la photosynthèse artificielle.

Toujours aux Etats-Unis, une autre équipe de recherche du Pacific Northwest National Laboratory a développé un catalyseur à base de fer qui convertit directement l'hydrogène en électricité grâce à une enzyme, l’hydrogénase. Ce procédé pourrait permettre la construction de piles à combustible beaucoup moins coûteuse.

Signalons également qu’il y a quelques semaines, des chercheurs du Virginia Tech sont parvenus à produire de l’hydrogène très pur à basse température à partir du xylose, un sucre très commun dans les végétaux. (Voir article), ouvrant ainsi une nouvelle voie vers la production d’hydrogène à partir de la biomasse.

Mais il ne suffit pas de produire l’hydrogène de manière propre, il faut encore pouvoir l’utiliser dans le cadre des infrastructures énergétiques actuelles. Aux Pays-Bas, une expérimentation très intéressante qui s’est déroulée entre 2007 et 2011 a montré qu’il était tout à fait possible d’incorporer jusqu’à 20 % d’hydrogène dans un  réseau de gaz naturel sans que cela ne pose de problème technique particulier ou n’entraîne une dégradation de l’efficacité énergétique.

Il serait donc envisageable, selon GasTerra, à l’origine de ce projet, de produire massivement de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables (dans le cas présent, l’énergie éolienne), puis d’intégrer cet hydrogène au réseau de gaz naturel. Ce procédé permettrait notamment d’absorber les pics de production éolienne et n’obligerait plus à l’arrêt des éoliennes en surproduction.

Il faut enfin évoquer une nouvelle voie, très peu connue du grand public mais qui n’a pas fini de faire parler d’elle : l’hydrogène terrestre.

À cet égard, le communiqué publié par l’Ifpen le 11 avril dernier aurait mérité d’être largement repris par les médias car il pourrait bien annoncer une révolution énergétique d’une ampleur au moins comparable à celle de l’exploitation, à présent probable, des hydrates de méthane océanique (Voir communiqué).

L’Ifpen, qui est en pointe mondiale dans ce domaine, rappelle en effet que les  premières sources naturelles d’hydrogène ont été découvertes il y a plus de 40 ans, au fond des océans et qu’il existe des sources naturelles d'hydrogène sur tous les continents qui pourraient potentiellement fournir à la planète une énergie propre et non émettrice de gaz à effet de serre.

Cette exploitation de l'hydrogène gazeux naturel pourrait bouleverser le paysage énergétique mondial selon les chercheurs de l'Ifpen. Ceux-ci précisent que ces gisements ont été identifiés dans deux configurations géologiques particulières.

D'une part, dans les grands massifs de péridotite, c'est-à-dire les régions où l'activité tectonique a fait remonter les roches dites "métamorphiques" du manteau terrestre à la surface. Ce type de configurations géologiques se trouve un peu partout dans le monde et notamment en Italie, au Portugal, en Grèce ou en Turquie.

D'autre part, dans les régions centrales les plus anciennes des continents, qui représentent la moitié des terres émergées. Dans ces régions, il existerait des sources d’hydrogène hautement concentrées qui pourraient, en théorie, être exploitées par pompage.

L'exemple du Mali est à cet égard très intéressant. En forant un puits d’eau près de Bamako, les techniciens ont en effet découvert par hasard, il y a quelques semaines, un gisement de gaz composé à 98 % d'hydrogène qui sert à présent à alimenter un groupe électrogène.

Ce rapide panorama des ruptures technologiques en cours dans le domaine de l’utilisation énergétique de l’hydrogène nous montre que ce gaz, longtemps cantonné au rôle de vecteur énergétique et au secteur des transports, pourrait devenir bien plus rapidement que prévu une composante essentielle du nouveau paysage énergétique mondial.

Mais une telle perspective n’est envisageable qu’à condition que la production d’hydrogène s’effectue essentiellement à partir de sources d’énergie renouvelable - éolien, solaire, biomasse et hydrogène naturel - principalement - ou à partir d’hydrocarbures mais dans ce cas avec des techniques qui permettent l’élimination à la source des émissions de CO2.

Il faut enfin souligner, même si cette éventualité fait débat, qu’il est possible d’envisager une production massive d’hydrogène à partir des réacteurs nucléaires à neutrons rapides de quatrième génération qui pourraient voir le jour vers 2040. Ce binôme présenterait évidemment l’avantage de ne pas émettre de gaz à effet de serre ; il mérite au moins d’être étudié.

Mais dans un contexte mondial dominé par une très forte augmentation prévisible de la demande d’énergie, tirée par le développement économique rapide de l’Asie et par une compétition économique implacable entre les différentes sources d’énergie, le développement de l’hydrogène ne sera pas un long fleuve tranquille car il entrera en concurrence avec deux autres ruptures technologiques énergétiques majeures : l’exploitation industrielle des hydrates de méthane sous-marins et l’exploitation des gaz de schiste qui est déjà en train de bouleverser la donne énergétique mondiale.

Seule une très forte volonté politique, exprimée au niveau international, européen et national et portée par une vision à long terme, pourra poser les cadres et actionner les leviers qui permettront à l’hydrogène de prendre toute sa place dans le nouveau paysage énergétique.

Parmi ceux-ci, il faudra combiner la construction d’un marché cohérent du carbone au niveau mondial et d’une « taxe carbone » également harmonisée progressivement au niveau planétaire.

Souhaitons que nos responsables politiques soient capables de se projeter loin dans l’avenir et prennent enfin toute la mesure du défi écologique et climatique qui nous attend pour privilégier les solutions énergétiques les moins émettrices de gaz à effet de serre et les plus respectueuses de l’environnement, y compris si ce choix courageux entraîne dans un premier temps un coût économique et financier individuel et collectif important que nous devrons essayer de répartir le plus équitablement possible.

C'est en pensant à ce défi énergétique de manière globale et en l'articulant bien entendu au défi climatique et à celui du développement mondial que nous pourrons faire en sorte que l'hydrogène soit au XXIe siècle ce que l'électricité a été au siècle dernier et la vapeur au XIXe siècle, un prodigieux moteur de progrès économique, social et humain.

René TRÉGOUËT

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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  • Benjamin Turquet

    20/04/2013

    Benjamin Turquet a envoyé un message via le formulaire de contact sur http://www.rtflash.fr/contact. Bonjour, Lecteur assidu de votre lettre hebdomadaire, je me permets de vous faire une petite remarque sur l'éditorial de votre dernière édition, consacré à l'hydrogène. Je ne doute pas de l'intérêt de l'hydrogène comme vecteur énergétique et du rôle qu'il pourrait jouer dans le futur dans notre cocktail de sources et de vecteurs énergétiques. Mais ce n'est pas une solution miracle, et il me semble que votre éditorial reprend trop facilement les arguments des industriels qui tentent de développer les solutions utilisant l'hydrogène, et met de côté des problèmes importants et quasi insolubles. En particulier, vous écrivez "à quantité égale il peut produire presque quatre fois plus d’énergie que le gaz naturel ou le pétrole"; cela est vrai si on compare deux masses égales de ces différents carburants. Mais la densité de l'hydrogène est très faible, et même dans sa forme la plus dense (liquide), un kg d'hydrogène occupe un volume d'environ 14 litres (sans compter le volume et le poids du réservoir complexe nécessaire). Comprimé à 700 bars (le plus haute pression possible avec les réservoirs actuels les plus performants et couteux), 1 kilo d'hydrogène occupe toujours 24 litres. De plus, la compression de l'hydrogène ou sa liquéfaction consomme elle-même beaucoup d'énergie (pour liquéfier 1 kg d'hydrogène il faut consommer environ 30% de l'énergie qu'il contient). Et il faudrait également encore prendre en compte les pertes importantes lors de la production d'hydrogène à partir d'une source d'énergie (dans le cas de son utilisation comme vecteur et non pas comme source d'énergie que l'on trouverait dans la nature). Les autres pistes de stockage que vous évoquez ne sont que des pistes, et aucune n'a fait preuve de son efficacité jusqu'ici. La comparaison hydrogène/autres carburants en se basant sur la masse fait donc l'impasse sur le principal obstacle à l'utilisation de l'hydrogène comme source ou vecteur d'énergie : sa faible densité énergétique et les couts énergétiques importants de sas production et de sa compression. J'apprécie votre enthousiasme face au potentiel de l'hydrogène, mais je crois qu'y voir pour le "XXIe siècle ce que l'électricité a été au siècle dernier et la vapeur au XIXe siècle" est un peu illusoire. Il est certain que les ingénieurs et industriels qui développent des solutions à base d'hydrogène sont très enthousiastes et c'est tout à leur honneur; mais lorsque l'on consulte des spécialistes des problématiques énergétiques ayant une vision plus large, l'enthousiasme est beaucoup moins présent. Pour beaucoup, les caractéristiques physiques de l'hydrogène font qu'il ne jouera jamais un rôle prépondérant et ne pourra pas s'imposer face aux autres solutions énergétiques disponibles.

  • René TREGOUET

    20/04/2013

    Cher Monsieur,

    Votre courriel relatif à mon éditorial concernant l'hydrogène a retenu toute mon attention et je vous remercie de m'avoir fait part de vos intéressantes remarques et observations.

    Comme vous le soulignez, l’hydrogène est effectivement un gaz difficile à stocker du fait de sa très faible densité.

    À pression atmosphérique et température ambiante, il faut un volume de 11 m3 pour stocker 1 kg d’hydrogène. Les technologies de stockage actuelles compriment à haute pression (700 bars et +) ou liquéfient l’hydrogène à -253 °C, ce qui ne simplifie pas le process industriel et entraîne évidemment des risques spécifiques. En outre, cette technique consomme beaucoup d'énergie, ce qui la rend d'autant plus lourde et complexe à mettre en œuvre.

    S’appuyant sur des travaux du CNRS, McPhy Energy a développé une solution de stockage de l’hydrogène sous forme d’hydrures métalliques, c'est-à-dire de composés chimiques d’hydrogène avec un métal ou un alliage métallique.

    La solution remarquable développée par cette entreprise basée dans la Drôme utilise du magnésium afin d'obtenir des cristaux d’une taille d'une dizaine de nanomètres, présentant une plus grande surface de contact avec l’hydrogène.

    Ce processus d'hydrogénation et de déshydrogénation du magnésium ne dure alors que quelques minutes et présente le grand avantage de pouvoir s’effectuer à basse pression (10 bars). Cette opération de stockage est en outre totalement réversible et la quasi-intégralité de l’énergie hydrogène stockée est récupérée au terme du processus.

    Concrètement, l’hydrogène est ainsi stockée sous la forme de pastilles d’hydrures de magnésium (MgH2) de 30 centimètres de diamètre contenant chacune 600 litres d’hydrogène.

    Ce procédé très innovant de stockage de l’hydrogène sous forme solide constitue également une avancée majeure en matière de sécurité. Grâce à cette technique, la densité volumique de l’hydrogène peut être portée de 42 kg/m3 sous forme de gaz comprimé (à 700 bars), à 106 kg d’hydrogène par m3, sous forme solide.

    Ce remarquable procédé de stockage de l’hydrogène sous forme de poudre de magnésium représente donc une avancée majeure dans l’utilisation d’hydrogène, non plus comme vecteur, mais bien comme source d’énergie.

    McPhy vient d’ailleurs de passer à la vitesse supérieure avec la commercialisation prochaine de son système de stockage massif d’hydrogène à l’état solide, INGRID, qui peut contenir une tonne d’hydrogène, soit une capacité de stockage de 39 mégawattheures (MWh) et qui est particulièrement adapté au « lissage « de la production d’énergie éolienne ou solaire.

    Je tiens également à préciser qu’au moins trois innovations majeures (que j’évoque dans mon éditorial), ayant fait l’objet de publications dans les meilleures revues scientifiques internationales, pourraient à moyen terme, permettre une production massive d’hydrogène à partir de sources d’énergie propres et renouvelables.

    Il s’agit tout d’abord du procédé mis au point par ses chercheurs de l'Université de Rochester à New York. Ceux-ci ont en effet pu obtenir une production importante et stable d’hydrogène gazeux à l’aide d’un catalyseur à base de nanoparticules de nickel. ((http://www.sciencemag.org/content/338/6112/1321.abstract).

    La seconde innovation et celle du Pacific Northwest National Laboratory qui a mis au point un catalyseur à base de fer qui convertit directement l'hydrogène en électricité grâce à une enzyme, l’hydrogénase. (http://www.pnnl.gov/news/release.aspx?id=970)

    Enfin, il faut signaler la percée des chercheurs du Virginia Tech qui ont réussi à produire de l’hydrogène très pur à basse température à partir du xylose, un sucre très commun dans les plantes, ce qui dégage la voie vers une production massive d’hydrogène à partir de la biomasse (http://www.vtnews.vt.edu/articles/2013/04/040413-cals-hydrogen.html).

    Par ailleurs, la perspective tout à fait réaliste de pouvoir exploiter des sources naturelles d’hydrogène bien plus nombreuses que prévues, change radicalement les données du problème et me semble peu prise en compte dans vos observations.

    Cette hypothèse n’a pourtant rien de fantaisiste, comme le souligne l’institut français du pétrole, dont le sérieux et les compétences sont peu contestables.(http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/actualites/communiques-de-presse/l-hy...).

    Par ailleurs, et j’insiste sur ce point dans mon éditorial, si le développement de l’hydrogène comme source significative d’énergie me semble possible, il n’a rien d’inévitable et dépendra, comme toujours dans ces problématiques complexes, de nombreux facteurs technologiques, économiques et politiques.

    Mais j’observe qu’il y a seulement 10 ans, personne n’aurait parié un euro sur le développement massif de la production de gaz de schiste et sur le fait que cette production allait bouleverser la donne énergétique mondiale et permettre aux États-Unis de retrouver d’ici 2025 l’indépendance énergétique avant de de devenir un peu plus tard exportateur d’énergie !

    J’observe également qu’il il y a encore cinq ans, seulement, beaucoup de « spécialistes » affirmaient de manière péremptoire qu’il ne serait jamais possible d’exploiter un niveau industriel les immenses ressources énergétiques constitués par les hydrates de méthane océaniques. Mais il se trouve que les récentes expérimentations menées par plusieurs pays et notamment par le Japon ont montré exactement le contraire !

    Enfin, beaucoup de "spécialistes" nous expliquaient il y a tout juste trois ans qu'il était impossible d'injecter de grandes quantités d'hydrogène gazeux dans les réseaux gaziers, sous peine de détériorer les infrastructures et d'en diminuer l'efficacité énergétique.

    Or une expérimentation néerlandaise en "grandeur nature" de trois ans vient de montrer qu'on pouvait sans aucun problème incorporer jusqu'à 20 % d'hydrogène dans les réseaux de distribution de gaz sans modifications majeures de ces derniers!

    Ces quelques exemples récents et ces bouleversements aux conséquences planétaires, inimaginables il y a encore quelques années, nous montrent qu'il faut toujours faire preuve de prudence en matière de prévision technologique et scientifique. L'histoire des sciences est pleines de prévisions qui ne se sont jamais réalisées et, a contrario , elle a souvent été incapable de pressentir certaines ruptures théoriques ou technologiques majeures…

    Je ne dis pas bien entendu que l’hydrogène constitue la panacée au défi planétaire de la question énergétique car aucune solution unique ne pourra être apportée à un défi d'une telle ampleur et d'une telle complexité et l'avenir appartient, j'en suis convaincu à une combinaison synergique et intelligente entre de multiples sources et formes d'énergie qui seront en outre produites et distribuées, de manière complémentaire à la fois à un niveau industriel et local.

    Mais je reste persuadé, pour les différentes raisons que je viens de rappeler, qu’il jouera plus rapidement prévu un rôle plus important qu’on ne le pense aujourd’hui.

    Telles sont les réflexions dont je tenais à vous faire part en réponse à vos intéressantes observations.

    Bien Cordialement

    René TREGOUET
    Sénateur Honoraire
    Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat
    Rédacteur en Chef de la Lettre RT Flash
    Président de l'ADIST

  • Benjamin Turquet

    23/04/2013

    Cher Monsieur,
    Merci beaucoup pour votre longue réponse bien documentée, c'est très apprécié. J'avais passé beaucoup de temps à me documenter sur les technologies liées à l'utilisation de l'hydrogène il y a de ça environ deux ans; votre message a été l'occasion de voir comment la recherche et les techniques ont évolué, et c'est vrai que tout change très rapidement.
    Les techniques que vous citez semblent effectivement très prometteuses; par le passé il y a déjà eu beaucoup d'annonces de découvertes clés pour permettre le développement de l'hydrogène, mais beaucoup n'ont pas réussi à passer du tube à essai au développement d'une technique fiable et économiquement viable. Mais c'est vrai que les techniques que vous citez apportent des solutions qui ont l'air robustes et pourraient effacer les barrières technologiques qui bloquaient jusqu'ici le développement de l'hydrogène. Espérons qu'elles réussiront le passage à l'échelle industrielle et rendront l'hydrogène attractif et pratique!
    Comme vous le dites, il est difficile de prévoir comment les choses vont évoluer; les gaz de schistes en sont un bon exemple effectivement. Ils montrent à la fois que les techniques évoluent vite, mais aussi que le marché des énergies nouvelles est toujours très sensible au marché des énergies fossiles classiques, puisque l'arrivée sur le marché américain de grandes quantités de gaz bon marché a rendu l'éolien et le solaire encore moins attractif et ralenti leur développement.
    Tant qu'il sera plus facile et moins couteux de faire un trou dans le sol pour en tirer du gaz ou du pétrole, l'hydrogène lui aussi aura du mal à s'imposer! Et même si le coût de l'hydrogène devenait compétitif, il lui faudrait encore lutter contre l'inertie du système qui donne un gros avantage aux énergies "classiques", tout le système de distribution et d’utilisation étant conçu pour elles. C'est une course à armes très inégales entre les compagnies pétrolières qui redoublent d'imagination pour trouver de nouvelles sources de carburants fossiles et les nouvelles énergies qui ont tout à créer ou presque. Et les pétrolières ont une telle puissance financière et politique qu'on peut penser qu'elle vont garder encore longtemps une longueur d'avance, et continuer à trouver juste assez de nouvelles sources d'hydrocarbures pour alimenter le système et le maintenir en place. Mais bon je ne vous apprends rien!
    Je crois comme vous au potentiel de l'hydrogène et l'enthousiasme est une très bonne chose, c'est comme comme ça qu'on fait avancer les technologies, il faut d'abord y croire! Mais dans le fond je suis convaincu que dans 30 ou 40 ans, c'est toujours avec de l'essence issue de sources fossiles qu'on abreuvera nos autos... J'espère me tromper! Et si dans un siècle l'hydrogène (et les autres énergies "nouvelles") réussi à s'imposer, ce sera sans doute grâce à ceux qui y croient aujourd'hui.

    Merci encore pour votre réponse et pour votre travail de communication scientifique en général

    Bien cordialement

    Benjamin Turquet

  • Hydrures

    11/11/2013

    Je suis convaincu que l'H et H2 seront un des vecteurs énergétiques majeurs de ce siècle.
    Conviction n'est pas raison mais chaque jour des avancées voient le jour et accélèrent le mouvement.
    La concentration de l'H en hydrures de magnésium (MGH2) comme le fait Mac PHY est une rupture technologique et stratégique, ce n'est que le début de nouvelles solutions comme les hydrures en réservoirs basse pression ou de faire du méthane du méthanol beaucoup plus facile à transporter. Quels sont les intérêts en jeu ?. Il ne faut pas faire de dessin, si demain on exploite les gisements naturels d'H2. L'image du gaz de schiste est catastrophique, mais on peut penser qu'il vaudra mieux ou que nous serons obligés de limiter les dégazages naturels de CH4, d'H2 et autres gaz amplifiés par le réchauffement climatique. C'est vrai que le nucléaire peut produire de l'H2 et sera en compétition, mais en attendant le gaz naturel comprimé CNG enrichi de biométhane et enrichi d'H2 issu du renouvelable semble aller dans le bon sens de la transition énergétique qui durera sans doute encore longtemps.
    Attention aux à priori dont on nous abreuve et soyons prêts à faire évoluer nos points de vue réévalués sur base d'arguments fondés.

    J.FAMEREE
    Vice président des Compagnons d'Eole (Belgique)
    Fondateur du Club H2

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