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Edito : La France doit miser sur la bio-agriculture

Au cours des cinq prochaines années, la France va se doter de six nouvelles usines de production de carburant végétal afin de pouvoir porter à 950 000 tonnes sa production annuelle de biocarburants à l'horizon 2010. Pour atteindre cet objectif ambitieux, la France va devoir doubler ses surfaces de bio-végétaux dans les années à venir.

Dans cette perspective, l'union européenne a créé en 2004 les aides à la création énergétique (ACE) qui incitent au développement des cultures de ces bio-végétaux. Ces mesures devraient permettre de respecter la directive européenne qui vise à incorporer dans les réservoirs 5,75 % de biocarburants d'ici 2010.

Selon les experts, d'ici 25 ans, un tiers des cultures pourrait ainsi être consacré à des productions non alimentaires, ce qui ne va pas manquer d'entraîner une profonde mutation de l'ensemble de notre agro économie. Outre les raisons environnementales et énergétiques évidentes qui justifient cette évolution, ce basculement de notre agriculture vers les bio-végétaux offre également de nouvelles perspectives à l'ensemble de notre secteur agricole alors que la tendance à la baisse des prix et la concurrence mondiale croissante tendent à réduire les débouchés pour les cultures alimentaires classiques.

À l'horizon 2020, cette bio agriculture verra en outre son champ d'action et de production s'élargir et se diversifier de manière considérable et, à terme, c'est l'ensemble des végétaux qui seront utilisés et transformés en bio-produits et biocarburants mais aussi en énergie, sous forme de chaleur et d'électricité (biomasse).

Enfin, parallèlement à cette production généralisée de biocarburants et de bioénergie, toute une nouvelle agrochimie verte, basée sur la transformation d'un nombre croissant d'espèces végétales en produits chimiques industriels, est en train de se mettre en place à travers la création d'agro-filières à forte valeur ajoutée.

A l'horizon 2050, la production de bio-végétaux destinés à la transformation en biocarburants, à la production d'énergie ou aux nouvelles filières de la chimie verte va donc probablement dépasser l'ensemble de nos productions alimentaires ce qui constitue évidemment pour nos agriculteurs, au delà du défi scientifique et technologique, un défi social et culturel sans précédent.

Si nous voulons que la France réussisse cette mutation techno-économique capitale de notre agriculture, nous devons consentir un effort accru de notre recherche fondamentale dans tous les domaines botaniques et agronomiques afin que la France, qui dispose à la fois des compétences humaines et technologiques, des conditions géo-climatiques et des réserves d'espace nécessaires, puisse devenir dans 20 ans la référence mondiale en matière de bio-agriculture, en réconciliant efficacité économique, respect de l'environnement et aménagement du territoire.

René Trégouët

Sénateur honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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