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Edito : Existe-t-il d'autres formes de vie dans l'Univers ?

Des chercheurs américains ont découvert dans une source d'eau chaude, dans les entrailles de la Terre, une communauté unique de microbes qui prospèrent sans lumière ni oxygène. Les scientifiques estiment que ce genre d'organisme pourrait ressembler à ce que pourrait être éventuellement la vie sur d'autres planètes ayant une atmosphère et des conditions de température très éloignées de ce que nous connaissons sur notre Terre. Ces organismes unicellulaires, appelés Archaea, croissent en consommant l'hydrogène produit par l'eau chaude au contact de la roche à 180 mètres de profondeur dans les montagnes de Beaverhead dans l'Idaho, au nord-ouest des Etats-Unis. Ils produisent un peu de méthane, sous-produit de leur étrange métabolisme. Ce n'est pas la première fois que l'on découvre des spécimens d'Archaea mais ceux de l'Idaho ne ressemblent à rien de connu. Cette découverte très importante est publiée dans la revue scientifique Nature du 17 janvier (http://www.nature.com/nsu/020114/020114-7.html). Dans la majorité des cas, la vie sur Terre ne prospère qu'en présence d'eau, d'oxygène, de lumière et de carbone organique. Mais les ''conditions de vie'' sur les autres planètes, notamment celles découvertes depuis une dizaine d'années en dehors du système solaire, sont beaucoup moins hospitalières. Alors, les microbes de l'Idaho pourraient être similaires à ce qui pourrait grouiller sous le sol calciné de Mars ou sous les épais glaciers d'Europa, l'une des lunes de Jupiter. Des microbes de cette nature ont été le sujet de spéculations pendant plus de trente ans mais il fallait encore les trouver. L'équipe est parvenue à identifier les microbes par leur séquence génétique. C'est la première fois qu'est isolé et analysé un milieu de vie dominé par des méthanogènes, une situation inconnue à la surface de la Terre, selon les chercheurs. Ces microbes appartiennent à un groupe de la famille des bactéries, les archaeabactéries (êtres unicellulaires vivant et se reproduisant à haute température). Rien que pour cette étude, une équipe de sept chercheurs, dirigée par le géochimiste Francis Chapelle de l'US Geological Survey, a passé plus de dix ans à rechercher des sites prometteurs. Certains endroits, telles que les sources sulfureuses chaudes au fond de l'océan, abritent des formes de vie aussi riches qu'étranges, comme ces extraordinaires vers tubulaires de deux mètres de long, découverts il y a une vingtaine d'années. Mais elles ne sont pas totalement privées de carbone organique, des particules de végétaux en putréfaction se déposant sur les fonds marins et apportant ainsi de la nourriture. La région volcanique du Yellowstone dans l'Idaho, qui abrite 80 % des geysers et la moitié des sources géothermales répertoriés dans le monde, a semblé particulièrement intéressante à cet égard. Les auteurs de l'étude recherchaient en effet un environnement souterrain avec de l'eau mais sans lumière, ni oxygène et ni carbone d'origine organique. Une fois un site retenu, ils ont descendu leurs instruments jusqu'à des sources dont la température atteignait 58 degrés Celsius. Les microbes ont été ''capturés'' avec des filtres. La question n'est donc plus pour les chercheurs de savoir s'il existe de la vie sur Mars ou ailleurs. ''La question est plutôt : est-ce que la vie est née sur place ou est-ce qu'elle a été transplantée depuis la Terre ?'', s'interroge le professeur Bruce Jakosky de l'université du Colorado, lui-même spécialisé dans les sciences de la terre. Cette découverte majeure survient alors que deux autres découvertes récentes, ayant eu moins d'échos médiatiques, montrent que les sucres, briques indispensables de la vie sont présents dans certaines météorites et que et la vie elle-même, sous forme de spores, peut résister, à l'intérieur des météorites, aux conditions extrêmes de l'espace. Laurence Garrel et ses collaborateurs du Centre de recherche de la NASA ont en effet découvert l'existence de sucres dans les météorites Murray et Murchison, qui sont tombées du ciel en 1950 et 1969. Jusqu'à présent, ces météorites primitives, appelées chondrites, ne semblaient receler que des acides aminés. En analysant des échantillons des deux météorites, les scientifiques ont observé des composés polyols de plusieurs sortes, comme le glycérol. Leurs travaux, publiés dans la revue Nature datée du 20 décembre, montrent que ces sucres seraient essentiellement d'origine extraterrestre. Les sucres sont essentiels à la fabrication de l'ADN et de l'ARN. L'ADN, l'acide désoxyribonucléique, contient le patrimoine génétique de tout être vivant et l'ARN, l'acide ribonucléique, recopie les instructions de l'ADN pour les faire exécuter au sein des cellules. Les constituants de l'atmosphère primitive, très différente de l'atmosphère actuelle, se sont transformés en composés organiques sous l'action des rayons ultraviolets du Soleil. Ces molécules se sont ensuite dissoutes dans l'eau puis ont réagi chimiquement entre elles, en donnant des composés plus complexes, comme les acides aminés, à la base des protéines, les oses, à la base des sucres ou glucides, les acides gras, à la base des graisses ou lipides.

Enfin, la troisième découverte concerne l'extraordinaire capacité de résistance des bactéries dans les conditions physico-chimiques extrêmes de l'espace. Des chercheurs allemands ont en effet testé la survie dans l'espace de la bactérie Bacillus subtilis. Le but de cette expérience était de vérifier s'il était possible que la vie sur Terre soit venue de l'espace, comme le pensent certains scientifiques. Il s'agissait notamment d'observer comment la vie pouvait résister à l'environnement extrêmement agressif qu'est le vide interplanétaire ? Cette expérience, relatée dans la revue Origins of Life and Evolution of the Biosphere (http://www.kluweronline.com/issn/0169-6149) montre que des météorites de quelques centimètres de diamètre pourraient suffire à transporter la vie, entre Mars et la Terre par exemple. C'est sous la forme de spores, un état particulièrement résistant, que des colonies de bactéries se sont envolées avec le satellite russe FOTON. Des chercheurs allemands ont pu tester leur résistance dans différents milieux. Les bactéries exposées deux semaines sans protection ou derrière un simple hublot de quartz sont toutes mortes ou presque. Derrière une très fine couche d'argile, qui devait jouer le rôle de filtre pour les radiations solaires, les bactéries ont également souffert. Par contre, les bactéries qui ont été directement mélangées avec de la poudre d'argile, de roche ou de météorite ont beaucoup mieux survécu. Il y a même près de 100 % de survie quand les bactéries se cachent dans une reconstitution de sol martien. Pour les chercheurs, ces données suggèrent que dans un scénario de transfert interplanétaire de la vie entre deux planètes, des petits rochers de quelques centimètres seraient suffisamment larges pour protéger des spores bactériennes le temps du voyage.

Toutes ces découvertes convergent et s'articulent comme un puzzle de plus en plus cohérent qu'éclairent d'une lumière nouvelle l'apparition et le développement de la vie. Désormais, il fait de moins en moins de doute que la vie peut non seulement résister pendant de longues périodes aux conditions extrêmes de l'espace mais qu'elle recèle en outre une diversité de forme et d'organisation et une capacité d'adaptation proprement stupéfiante. L'organisation du vivant sur la chimie du carbone qui s'est imposée sur Terre apparaît de plus en plus comme une voie parmi beaucoup d'autres possibles, ce qui rend crédible la perspective de trouver des formes de vie différentes, non seulement sur d'autres planètes de notre système solaire mais aussi sur certaines des planètes inventoriées, situées en dehors de notre système solaire. Décidément, la vie dont nous sommes, sur cette Terre, l'expression la plus complexe, n'a pas fini de dévoiler ses mystères et de nous émerveiller par cette nouvelle dimension cosmique qu'elle révèle peu à peu.

René TRÉGOUËT

Sénateur du Rhône

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