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Les derniers échantillons du virus de la variole ne seront pas détruits

Les pays membres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont décidé la conservation des échantillons du virus de la variole à la 64ème Assemblée mondiale de la santé, qui vient de tenir à Genève.

Depuis l'éradication de la variole en 1979, ces échantillons sont conservés dans deux laboratoires de type P4, de très haute sécurité, aux États-Unis et en Russie. Le choix de ces deux pays répondait alors à un besoin d’équilibre entre les deux puissances, en pleine guerre froide. A partir de 1996, les pays membres de l’OMS ont commencé à se poser la question de la destruction de ces souches, par peur d’une nouvelle propagation de la maladie. Il fut décidé que les échantillons devaient être détruits avant 1999. Mais au dernier moment, l’Assemblée mondiale de la santé, composée des délégations des 193 pays membres, a revu ses recommandations en mettant en avant des doutes : certains scientifiques pensent que l’on devrait garder ces souches pour améliorer le vaccin et les traitements existants. Ainsi, si des terroristes s'emparaient du virus et contaminaient une population, l'OMS aurait les armes pour répondre. D’autres estiment que les fragments clonés d’ADN viral et les séquences de gènes du virus de la variole suffiront aux fins de la recherche ou du diagnostic. Depuis, aucun consensus n’a été trouvé et la date de destruction a toujours été reportée. (Télécharger un rapport de l'OMS sur les dix dernières années de recherche sur le virus de la variole).

«Garder le virus vivant représente plus de risques que de bénéfices» estime Jean-Claude Manuguerra de l’Institut Pasteur, qui siège en tant que conseiller scientifique au Comité consultatif de l’OMS sur la recherche de la variole. «La variole, qui se présente sous forme de pustules partout sur le corps, est probablement le plus grand fléau infectieux qui a frappé l’homme», ajoute le chercheur. Un rapport de l’OMS estime ainsi qu’en 1841, la moitié du peuple amérindien aurait succombé à l’épidémie. En 1958, elle faisait encore 2 millions de victimes par an dans le monde.

Les pays membres de l’Assemblée mondiale de la santé se sont difficilement mis d’accord sur la conservation de ces virus. La discussion s’est vite retrouvée dans la même impasse que les fois précédentes. Les États-Unis ont maîtrisé les débats. «Ils ont été trop confiants dans leurs déclarations devant l’Assemblée mondiale de la santé. La Russie a très peu plaidé pour la conservation des virus, parce que les États-Unis ont fait tout le travail pour eux», raconte Edward Hammond, chercheur sur la politique américaine et qui a dirigé jusqu’en 2007 le Sunshine Project (ONG qui a pour mission de faire respecter les interdictions en matière de guerre biologique). Il était présent tout le long des débats.

L’OMS assure pouvoir réagir dans le cas du scénario catastrophe où le virus sortirait du laboratoire. Elle conserve en sécurité en Suisse 32,6 millions de doses de vaccin antivariolique. La France en détient 5 millions. Mais, selon le livre Le risque biologique de Michel Curé, secrétaire général du Haut comité français pour la défense civile et directeur du Centre de recherche du service de santé des armées à Grenoble, ces vaccins ne suffiraient pas, si une nouvelle pandémie se déclarait.

A terme, l’OMS réaffirme le besoin de se débarrasser de ces échantillons. La décision sera de nouveau discutée en 2014. «En trois ans, quoi qu’il arrive, la science sera probablement encore plus forte pour conclure qu’il n’y a plus aucune nécessité de garder le virus variolique vivant. Je suis optimiste quant au processus concernant la destruction», estime Edward Hammond.

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