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Comment la Libye coupe l'accès à Internet

Depuis le début de la crise politique, le pouvoir libyen avait semblé hésitant sur la marche à suivre concernant l'accès au réseau, imposant des coupures intermittentes et limitées dans le temps. La tactique a changé depuis jeudi dernier au soir : la coupure est désormais générale et sans interruption depuis le 3 Mars 2011. Générale, mais pas totale : comme le note l'entreprise spécialisée Renesys, la coupure n'est pas complète : "L'Internet libyen est encore actif, même si l'essentiel du trafic est bloqué. [...] Nous avons pu identifier une poignée d'adresses IP (Internet Protocol) qui répondent encore à l'intérieur du pays. (...) Il y a des gens en Libye qui ont encore accès à YouTube, même si le reste du pays est dans le noir."

Contrairement à l'Egypte, qui avait déclenché un blocage total du Web, la Libye a donc maintenu un mince filet d'accès à Internet. Le régime de Hosni Moubarak avait utilisé une technique simple et brutale : le blocage des protocole BGP (Border Gateway Protocol, qui permet aux sites de signaler leur adresse) et DNS (Domain Name Server, qui permet aux navigateurs Internet de s'orienter sur le Réseau). Sans ces protocoles, Internet ne fonctionne plus, et la coupure avait été totale.

La Libye, elle, n'a pas coupé ces deux protocoles clés. Elle s'est contentée de réduire drastiquement la bande passante disponible pour les utilisateurs, provoquant un ralentissement généralisé qui ressemble à une coupure totale du réseau mais permet de conserver certains services actifs. Surtout, cette manipulation est beaucoup plus simplement réversible : la désactivation ou la réactivation du protocole BGP à l'échelle d'un pays peut prendre plusieurs heures, tandis qu'une diminution ou une augmentation de la quantité de bande passante est beaucoup plus rapidement effective. L'utilisation de cette technique était plus simple en Libye, étant donné qu'il n'existe qu'une seul fournisseur d'accès à Internet. "Cette tactique fait parfaitement sens du point de vue du gouvernement. Internet est une ressource précieuse en temps de guerre, comme un pont stratégique qui assure le ravitaillement. Tant que vous pouvez empêcher votre ennemi de l'utiliser, vous n'avez aucun intérêt à le faire sauter - vous le gardez intact pour vos propres besoins", juge Renesys.

Le Monde

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