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Edito : LA CHINE : Première Puissance Mondiale… C’est pour Bientôt !

Il n’aura fallu que 10 ans à la Chine pour s’affirmer comme une nouvelle grande puissance spatiale aux côtés des États-Unis, de l’Europe et de la Russie. Après avoir développé son lanceur spatial de grande capacité « Longue Marche », en 1996, la Chine a envoyé son premier homme dans l’Espace en 2003.

A partir de cette date, les succès chinois en matière spatiale n’ont cessé de s’enchaîner de manière impressionnante : en juin 2013, la Chine a notamment réussi sa cinquième et plus longue mission habitée dans l'Espace, baptisée Shenzhou X. Au cours de cette mission, trois astronautes sont restés 15 jours en orbite autour de la terre et ont amarré deux fois leur vaisseau spatial au module Tiangong ("palais céleste").

De manière complémentaire à ses missions habitées, la Chine a également réussi, en novembre 2011, son premier amarrage de deux vaisseaux spatiaux non habités – Shenzhou VIII et Tiangong 1, à une vitesse de 28 000 km/h et à 343 km au-dessus de la Terre.

Enfin il y a quelques jours, le 1er décembre, le lanceur chinois « Longue Marche » a décollé de sa base de lancement de Xichang en direction de la lune, pour une mission d’exploration scientifique d’une complexité sans précédent qui marque une nouvelle étape dans l’affirmation des ambitions chinoises en matière de conquête spatiale.

Fait révélateur, ce sont les Chinois eux-mêmes, à l’occasion d’un vote électronique en ligne, qui ont décidé, s’inspirant de leur mythologie, que leur module d’exploration lunaire de 120 kg s’appellerait « Lapin de jade ». Or dans la mythologie chinoise, ce « lapin de jade » vit en compagnie de Chang'e, la déesse chinoise de la Lune et son départ sur la lune est définitif…

Ce module d’exploration chinois qui est en orbite lunaire depuis le 6 décembre sera le premier engin à se poser sur la lune, en principe le 16 décembre prochain, depuis la sonde soviétique Luna, il y a 37 ans. Si tout va bien, il devrait alunir dans la très poétique Baie des Arcs-en-Ciel, une région de la Lune encore inconnue mais qui présente cependant tous les critères nécessaires en matière d’intérêt scientifique et permet également une bonne communication radio avec la Terre

Officiellement, ce "Lapin de jade" doit réaliser une mission exclusivement scientifique, composée notamment de différents types d’analyses géologiques du sol et du sous-sol lunaire. Prévu pour être opérationnel pendant environ trois mois et pouvant se déplacer en théorie à une vitesse d’environ 5 km par jour, ce module d’exploration très sophistiqué et bourré d’électronique et d’instruments de mesure devrait envoyer vers la Terre de nombreuses images en haute définition et en trois dimensions de notre satellite. Muni d’un télescope, ce module devrait également réaliser de nombreuses observations de l’Espace dans les conditions très favorables que permet l’absence d’atmosphère sur la lune.

Fidèle à son approche méthodique et progressive, la Chine avait déjà envoyé en 2007 et 2010 deux sondes d’exploration lunaire en reconnaissance pour choisir le plus judicieusement possible la région lunaire à explorer.

La Chine devrait envoyer vers 2015 un deuxième laboratoire spatial, puis vers 2018 un module expérimental formant le noyau d'une station spatiale. Mais parallèlement à son programme de vol habité, la Chine a mis en œuvre le programme d'exploration et d’exploitation de la Lune qui lui permettra d’affirmer sa puissance politique, économique et scientifique.

Il faut bien comprendre que cet objectif de base lunaire s’inscrit pour la Chine dans une stratégie de conquête et d’exploitation de l’Espace beaucoup plus large et ambitieuse, qui inclut notamment la construction et l’utilisation vers 2022 d’une station spatiale capable de prendre le relais de la station spatiale internationale qui devrait cesser d’être opérationnelle à l’horizon 2025 (Voir Space News).

Depuis 2008, la Chine travaille sur cet ambitieux projet de station spatiale et il y a quelques jours, Gu Yidong, l’un des principaux responsables du programme spatial chinois, a présenté à la communauté scientifique la dernière version de ce projet à l’occasion d’un colloque organisé par la société américaine de recherche spatiale.

Selon le planning annoncé à cette occasion, un premier module devrait être lancé en 2018 ; il sera ensuite suivi tous les deux ans par d’autres modules complémentaires. Cette station spatiale chinoise évoluera, comme son homologue l’ISS, sur une orbite basse située entre 350 et 450 kilomètres d’altitude. En revanche, la station chinoise devrait avoir un plan d’inclinaison par rapport à l’équateur de 42°, contre 51,6° pour l’actuelle station spatiale internationale.

Un équipage d’au moins trois scientifiques occupera en permanence, par période de six mois, cette station qui devrait être approvisionnée par des navettes spatiales capables de transporter jusqu’à six tonnes de marchandises.

Environ deux fois moins grande que la Station spatiale internationale, 35 m contre 73, cette station chinoise sera également moins puissante mais pourra néanmoins faire fonctionner 13 modules d’expérimentation scientifique ainsi qu’une une plate-forme extérieure qui sera utilisée pour l’observation de la Terre et du Cosmos.

Officiellement, cette station spatiale sera entièrement dédiée à la recherche scientifique et biomédicale ainsi qu’à l’exploration de l’Univers. Dotée des équipements et des instruments les plus modernes, cette station mènera notamment des travaux et expérimentations en physique des fluides et des matériaux, un domaine qui présente de très grandes potentialités en matière d’application et de retombées industrielles et technologiques.

Mais quelles sont les motivations qui poussent la Chine à réaliser un tel effort en matière de technologie et de conquête spatiale ? La réponse est simple : en se lançant à corps perdu dans cette aventure spatiale, la Chine veut tout simplement affirmer son hégémonie politique, économique et scientifique au niveau mondial.

Sur le plan politique, la Chine, forte de sa nouvelle puissance économique et technologique, affirme à présent sans complexe sa volonté d’expansion de sa sphère d’influence territoriale et géopolitique, que ce soit vis-à-vis de l’Inde, avec un regain de tension lié au litige concernant les frontières himalayennes ou avec le Japon, avec les récents incidents provoqués par l’initiative militaire chinoise dans l’archipel des Senkaku, en mer de Chine.

La nouvelle génération de dirigeants chinois arrivée au pouvoir fin 2012 se caractérise d’ailleurs par un nationalisme et une volonté de grandeur revendiqués et le nouveau Président chinois Xi Jiping a prononcé en mars 1013 un discours très remarqué dans lequel il a évoqué avec force « la grande reconnaissance de la nation chinoise et la défense de la souveraineté de la Chine ». Il faut d’ailleurs toujours considérer la politique de la Chine dans sa dimension historique et ne pas oublier que ce sont les Chinois qui ont inventé les premières fusées au milieu du XIe siècle, sous la dynastie des Song. Il faut également se rappeler que les empereurs de Chine se faisaient appeler « Fils du Ciel », un titre prémonitoire…

En matière économique, la puissance économique chinoise devrait dépasser celle des États-Unis entre 2025 et 2035, en fonction des scénarios retenus pour l’évolution des paramètres de ces deux économies géantes. Car, contrairement aux États-Unis et à l’Europe, la Chine dispose d’immenses réserves de liquidités (de l’ordre de 2 500 milliards de dollars) qui lui permettent de se donner les moyens de ses ambitions technologiques et spatiales.

Par ailleurs, cette volonté de maîtriser les technologies spatiales n’est pas séparable de l’effort considérable entrepris par la Chine en matière de recherche scientifique et technologique. On estime qu’aujourd’hui la Chine consacre presque 2 % de son PIB, soit environ 110 milliards d’euros par an à la recherche et au développement et ce pays compte bien accroître encore son effort pour atteindre en 2020 les 2,5 % de son PIB consacré à la recherche, ce qui correspondrait à une dépense d’environ 300 milliards de dollars par an, équivalente à l’effort économique et financier des États-Unis en la matière. Il faut également rappeler que la Chine compte aujourd’hui davantage de chercheurs que les Etats-Unis (1,6 million contre 1,4 million) ou l'Union européenne.

Mais cette conquête spatiale à marche forcée de la Chine répond également à des objectifs stratégiques fondamentaux à long terme qui vont bien au-delà des ambitions chinoises actuellement affichées visant à rattraper le niveau américain et européen dans les domaines de la recherche scientifique fondamentale.

L’un de ces objectifs est certainement d’assurer l’indépendance et la sécurisation de l’approvisionnement énergétique gigantesque dont la Chine va avoir besoin pour continuer à alimenter sa machine économique en plein essor. Depuis 2010, la consommation énergétique de la Chine dépasse celle des États-Unis. Elle se monte aujourd’hui à environ 2,5 gigatonnes d’équivalent pétrole, soit un peu plus du cinquième de toute l’énergie consommée par la planète.

Pour alimenter sa croissance économique, la Chine absorbe à présent, à elle seule, plus de la moitié de la consommation de charbon mondiale ! En 2012, les importations chinoises de pétrole ont atteint 271 millions de tonnes, en hausse de 6,8 % par rapport à 2011, et ont coûté à la Chine 221 milliards de dollars américains, soit 12 % de plus qu'en 2011 et les Chinois devraient être obligés d’importer environ les deux tiers des 700 millions de tonnes de pétrole qu’ils consommeront chaque année à l’horizon 2020, ce qui représentera pour ce pays une dépense de l’ordre de 500 milliards de dollars par an !

Pour étancher sa soif insatiable d’énergie, la Chine a considérablement renforcé son implantation économique en Afrique et en Amérique du Sud depuis une dizaine d’années, multipliant les partenariats et projets de coopération dans le secteur minier et le domaine de l’énergie, dans le but de diversifier et d’accroître ses ressources énergétiques. La Chine a également entrepris de développer de manière accélérée l’ensemble des énergies renouvelables -solaire et éolien notamment- même si celles-ci ne représentent encore qu’à peine 3 % de la production chinoise d’électricité.

Pourtant, le géant chinois doit voir encore plus loin et a compris que la maîtrise des technologies spatiales pourrait lui permettre à terme l’exploitation industrielle de la Lune et de son extraordinaire potentiel énergétique. Selon la communauté scientifique, il existerait en effet sur la Lune de grandes quantités d' Hélium 3, un isotope d'origine solaire, repoussé par l'atmosphère de la Terre, mais absorbé par son satellite naturel.

La mission chinoise Chang'E-1 a d’ailleurs confirmé cette présence d’Hélium 3 dans des quantités bien plus importantes que sur la Terre. Ces réserves lunaires d’hélium 3 sont estimées aujourd’hui à au moins 100 000 tonnes, et certains scientifiques parlent d’un million de tonnes récupérables. L’ exploitation de cet hélium 3 pourrait permettre de développer une nouvelle filière de fusion thermonucléaire contrôlée à côté de celle reposant sur l'association Deutérium - Tritium qui est à la base du projet mondial ITER de recherche sur la fusion thermonucléaire, basé à Cadarache, dans le sud de la France.

On mesure mieux l’enjeu stratégique que représente cet hélium 3 quand on sait qu’à l’horizon 2050, même en supposant que la consommation mondiale d’électricité soit multipliée par deux par rapport à son niveau actuel, il suffirait de moins de 100 tonnes par an de cet élément pour produire par fusion contrôlée toute l’électricité de la planète !

En outre, le potentiel énergétique de la lune ne se limite pas à son Hélium 3. Récemment, une société japonaise Shimizu Corporation, a en effet rendu public un projet futuriste mais tout à fait sérieux visant à produire sur la Lune de l’électricité en grande quantité à l’aide de panneaux solaires photovoltaïques répartis sur un anneau lunaire de 400 km de large. Selon ce projet, il serait ainsi possible de produire et de transférer sur Terre, sous forme de faisceau de micro-ondes, 13 000 térawatts heure d’électricité, ce qui représente les deux tiers de la consommation électrique mondiale actuelle ou encore trois fois la consommation d’électricité de la Chine !

Mais l’exploitation énergétique de la Lune n’est pas, loin s’en faut, la seule source de richesse économique promise par la conquête spatiale. L’exploitation minière des astéroïdes constitue également un potentiel économique et industriel prodigieux pour les états et les firmes qui maîtriseront toutes les technologies nécessaires à cette industrialisation de l’Espace.

On estime en effet qu’un seul astéroïde de taille moyenne (500 mètres de diamètre) représente une valeur allant jusqu’à 5 000 milliards de dollars grâce aux différents minerais, parfois précieux (platine, béryllium) qu’il contient. Une quinzaine de ces astéroïdes représenterait donc une valeur équivalente à celle du produit mondial brut actuel de la Terre, c’est-à-dire de l’ensemble de la richesse créée par l’Humanité en une année !

Quand on connaît l’importance de ces enjeux économiques technologiques, on comprend mieux pourquoi la Chine consent un tel effort dans la durée pour devenir la première puissance spatiale mondiale.

Face à cette volonté hégémonique chinoise qui ne cesse de s’affirmer et qui se traduit par des avancées technologiques impressionnantes que personne n’aurait imaginées il y a encore 20 ans, nous devons redéfinir rapidement le cadre des objectifs de nos ambitions dans le domaine spatial. Seul un partenariat nouveau entre l’Europe, les États-Unis et la Russie, fondé sur une synergie puissante entre recherches publiques et capitaux privés, peut contrer efficacement cette irrésistible montée en puissance de la Chine dans le domaine spatial. C’est pourquoi il faut souhaiter que nos responsables politiques prennent conscience de cette réalité et replacent la conquête de l’Espace au cœur des priorités stratégiques de ce siècle. 

René TRÉGOUËT

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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  • JulienM

    16/12/2013

    Malheureusement le rapprochement qui aurait du se faire entre la France et la Russie(voir l'Europe) après la chute d'eltsine n'existe pas. Les intérêts géostratégiques choisis ces 20 dernières années nous emmènent droit dans le gouffre. Pro Atlantistes, nos différents gouvernants ont joués la carte US et de l'OTAN et rejetent aujourd'hui, encore, Poutine avec des arguments que l'on pourrait s'adresser à nous même après l'irak, l'Afghanistan et la Syrie. (Bel exemple de démocratie hein ?!!)
    La culture McDonald à été préférée et la Russie à déjà construit avec la chine des partenariats énergétiques et économique durables.

    L'indépendance de la France dans un premier temps eut été une marque d'intelligence et de sécurité qui n'est pas.

    Alors oui, "La chine sera" et il est fort à parier que les Américains ne faciliteront pas la tâche à cette envolée spectaculaire. A moins, à moins qu'un nouvel ordre mondial soit déjà en place et que tout ceci ne soit qu'agitation pour le plus grand nombre et que les vrais objectifs soient bien étouffés ce qui dans ce cas ne devrait rien déranger au sein de l'Oligarchie mondialiste.

  • Xi

    31/03/2014

    Vive la Chine !

  • Souleymane keita

    13/07/2014

    La chine puissance nous ont ravi...

  • Fredo30400

    15/05/2016

    Nous on a reçu chez nous une correspondante chinoise qui est en école d'ingénieur. Elle nous a impressionné par sa connaissance de la langue de Molière au bout d'une seule année d'apprentissage ! Et quand ma fille est allée en retour à Pékin elle fut vraiment enthousiasmée par le sens de l'accueil de ces gens elle est encore pleine d'étoiles dans les yeux ! Les Chinois sont des gens fantastiques et je pense que c'est à notre tour d'apprendre d'eux.

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