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La Bretagne en quête de l'arme idéale contre les algues vertes

Pendant quatre jours, les plages de Saint-Michel-en-Grève et Plestin-les-Grèves, dans les Côtes d'Armor, ont été le terrain d’essai de trois prototypes affectés au ramassage des algues vertes. L’enjeu est de trouver une nouvelle machine pour récolter le "poison vert" avant qu’il ne vienne souiller les plages fréquentées par les vacanciers.

Jusqu'ici, les joggeurs matinaux sur la plage avaient l'habitude de voir le ballet des bulldozers chargés de rassembler les algues vertes échouées sur le sable. Du 28 juin au 1er juillet derniers, c'est un tout autre spectacle qui s'est offert à eux. De drôles de machines ont tourné, les roues dans l'eau, pour ramasser directement la matière verte toxique entre deux eaux.

Une méthode observée de près par les services municipaux commanditaires. Objectif de l'expérimentation : enlever le maximum d'algues vertes présentes dans "le rideau", cette zone d'échouage située juste avant la plage. Toute la difficulté de cette pêche aux algues est l'ampleur de la zone à couvrir. Les ulves (autre nom des algues vertes) se multiplient par fractionnement. La houle les déchire et les démultiplie d’autant. L'idée derrière cette opération est qu’en retirant la "semence", dans l’eau, l’effet de masse serait alors suffisant pour que les algues s’échouent moins sur les plages. Une opération financée à hauteur de 95 % par l'État et l'Agence de l'eau, et de 5 % par Lannion-Trégor-Agglomération. Pour sélectionner les prototypes, Nadine Maréchal a dû faire appel à un avocat spécialisé en procédures des marchés industriels. Elle est responsable du service environnement de Lannion-Trégor agglomération, maître d’ouvrage du ramassage et de l’évacuation des algues. "C’est complètement inédit. Ce sont des codes de marchés publics que les collectivités n’utilisent guère".

L’une des 4 machines sélectionnées a dès le 28 juin déclaré forfait. Les trois qui ont été testées répondent au même principe : plonger dans les vagues un tapis à mailles ajouré sur lequel s’accrocheront les algues, puis une fois celles-ci sorties de l’eau, faire tourner le tapis à une vitesse suffisamment élevée pour que les algues se décrochent et atterrissent dans un bac. Avec quelques spécificités. "J’ai pris pour base motrice une récolteuse de betteraves", indique Pierre Foulon, l’un des trois inventeurs. Son entreprise Axinor est basée dans le Nord-Pas-de-Calais. Ingénieur en machinisme agricole, il compare sa machine à un "char d’assaut", car celle-ci ramasse plus de 80 mètres cubes d’algues par heure.  Soit "l’équivalent deux grosses semi-remorques".

Des millions d'euros en jeu

La machine concoctée par Yves Ledroff, au contraire, est petite et adaptée aux petites plages et aux lieux moins accessibles. Quant à celle de Jean-Marc Poletto, elle est une adaptation au contexte breton des machines qu’il importe du Canada via la société Aquamarine. "Les leaders sur ces machines sont les nord-américains, qui nettoient de leurs algues  les grands lacs depuis des décennies", explique-t-il. Les Hollandais, également, utilisent depuis plus d’un siècle des bateaux appelés faucardeurs pour nettoyer leurs canaux, ajoute l’homme. "Nos machines ne sont autres que des faucardeurs sur roue, ce n’est pas non plus la NASA", plaisante-t-il.

Une vision que ne partage pas Yves Ledroff, déjà lauréat du concours Lépine en 2001 dans le domaine de la récupération des hydrocarbures en mer. "C’est bien plus compliqué que ça n’y paraît", rétorque-t-il, très jaloux de son invention. "S’il suffisait d’acheter 300 000 euros une machine aux Canadiens pour l’utiliser sur les Côtes d’Armor, on le ferait." Critère déterminant, selon lui : le fait d’obtenir de bons rendements.

Les opérateurs des prototypes testés ont beau se montrer curieux, rien ne filtrera de cette expérimentation avant la rentrée. "On est en train d’analyser les résultats des tests", coupe court Nadine Maréchal.

Reste que pour prouver l’hypothèse émise par le Centre d'étude et de valorisation des algues (CEVA) d’un déstockage massif des ulves, "il faudra des années, des milliers de machines, et de gros moyens", grimace un observateur. "Aujourd’hui, c’est l’agence de l’eau qui finance. Mais demain ? C’est des millions d’euros qu’il faudra mettre en jeu. Peu de chances que les collectivités puissent se le permettre. La seule solution, c’est zéro nitrate. Le problème des algues vertes, ça résout sur terre, en amont. Pas en mer".

En attendant, le ballet annuel de l’épandage des algues échouées continue. D’avril à novembre en effet, la communauté d’agglomération mobilise tout un attirail auprès de la PME Gilles Efflam pour retirer en 48 heures maximum les algues vertes des plages. Au-delà, les algues échouées pourrissent et deviennent toxiques.

Au plus haut de la "pointe" d’échouage de mai-juin, trois tractopelles ramassent, puis égouttent, 9 remorques transportent, des épandeurs déposent et nombre d’agriculteurs enfouissent sur leurs terres ces algues vertes, devenues engrais. Une chaîne logistique qui traite 100 à 500 mètres cubes par jour, et représente 300 000 à 700 000 euros de frais pour la collectivité bretonne.

L'Usine Nouvelle

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